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Son enfance

Adèle est née en 1853 à Sainte-Radégonde des Noyers, en Vendée. Fille d’un cultivateur, elle grandit au coeur du Marais Poitevin en compagnie de ses deux soeurs, Marie Amande et Aline et de son frère, Amédée aux huttes de Virecourt, dans la commune de Vouillé les Marais.

Elle ne va pas à l’école. Elle ne sait ni lire, ni écrire. A l’âge de 10 ans, son père décède à l’hôpital de Luçon des suites d’une vomique*, en 1864.

Devenue servante, sa mère se remarie 7 ans plus tard avec un cabaretier.

* Vomique : Rejet par la bouche d’apparition brutale d’une collection purulente ayant pénétré par effraction dans les voies respiratoires. Elle est généralement en rapport avec un abcès aigu du poumon ou une pleurésie purulente. Le terme “vomique” vient de l’abondance des expectorations (Source : Wikipédia).

Son mariage

En 1877, à Vouillé les Marais, Adèle épouse Eugène, un cultivateur châtain clair aux yeux roux reconnaissable avec sa cicatrice sur le front.

9 mois plus tard, arrive un petit Eugène. Suivront François en 1880, Berthe en 1881 et enfin Eugénie en 1895.

Ils vivent dans une ferme dotée d’une maison, de bâtiments et d’un jardin au bord du grand marais et possèdent quelques terres cultivables.

Son destin bascule

Malheureusement, en 1898, leur destin bascule. Adèle devient veuve. Son mari, Eugène, décède à l’âge de 46 ans, dans leur propriété, aux huttes du Grand Marais.

Agée de 44 ans, elle se retrouve seule avec ses 4 enfants, âgés respectivemet de 20, 19, 18 et 3 ans.

Les temps sont durs pour Adèle. L’argent vient à manquer car de son vivant, Eugène n’a pas fait que de bonnes affaires. Si bien qu’en 1903, la vente aux enchères de ses biens est inévitable.

Extrait de l'Article "L'avenir et l'indicateur de la Vendée" du 24/09/1903 1/6
Extrait de l'Article "L'avenir et l'indicateur de la Vendée" du 24/09/1903 2/6
Extrait de l'Article "L'avenir et l'indicateur de la Vendée" du 24/09/1903 3/6
Extrait de l'Article "L'avenir et l'indicateur de la Vendée" du 24/09/1903 4/6
Extrait de l'Article "L'avenir et l'indicateur de la Vendée" du 24/09/1903 1/6
Extrait de l'Article "L'avenir et l'indicateur de la Vendée" du 24/09/1903 6/6

Par la suite, Adèle part vivre au Sableau, un village de Chaillé les Marais avec sa petite fille Eugénie. Elle a trouvé une place de domestique chez M. Albert, un marchand aux bestiaux.

Peu à peu, Adèle s’enfonce dans un état dépressif et a des idées délirantes.

En 1906, Adèle se remarie avec une vieille connaissance, Augustin Plaire, cultivateur et débitant de tabac. Elle le connait depuis plusieurs années puisque son frère est marié avec la belle sœur d’Adèle.

Malheureusement, ce mariage ne profite pas à Adèle. Elle ne va pas bien.

Elle ne se remet pas du décès d’Eugène et de la perte de tous ses biens.

Elle est particulièrement préoccupée de sa santé. Elle se prive de nourriture et de vêtements pour pouvoir acheter des médicaments.

Je suis une mauvaise ménagère

J’ai fait le malheur de mon premier mari

Je mange plus que je gagne

La descente aux enfers

Nous sommes en 1910.

Seule chez elle, Adèle prend une corde et essaie de se pendre dans la grange. Suspendue, elle trouve que ça lui fait mal, elle décide de desserrer la corde. Après les reproches de son mari et de ses enfants sur son acte, elle leur promet de ne plus faire de tentatives de ce genre.

Depuis cet événement, les troubles s’accentuent.

Adèle ne dort plus. Dès qu’elle est dans son lit, elle a peur.

Il y a quelque chose qui me passe sur les jambes

Je sens une odeur de soupe

Ce sont des gens qui viennent m’assassiner

On m’a jeté un sort

Elle confie à son mari :

Par deux fois,

j’ai eu l’idée de me jeter dans le puits du voisin,

mais je ne l’ai jamais fait

Depuis 15 jours, les idées délirantes sont de plus en plus violentes encore :

Augustin,

Etends moi toute nue sur la paille au milieu de la Grand’ Route

Brûle moi vivante car je suis une mauvaise ménagère”

La décision

Son mari, Augustin n’en peut plus. Il raconte : 

« Ma femme a le cerveau dérangé depuis environ 3 mois, mais depuis 3 semaines, son état s’est aggravé et aujourd’hui, je ne puis plus la laisser seule. Dans la nuit de mercredi dernier, elle est sortie malgré moi, deux fois en chemise, dans la rue. Jeudi soir, elle s’est déshabillée complètement et j’ai eu beaucoup de peine à lui empêcher de sortir dehors. Pendant qu’elle était toute nue, elle voulait que j’aille chercher de la paille pour la faire brûler. Je vois que je ne puis plus être le maître d’elle et je demande son internement."

Le 6 mars 1910, Auguste Albert, le maire de Chaillé les Marais prend les choses en main. Il demande à la gendarmerie de procéder à une enquête sur les actes de folie d’Adèle.

Une voisine, Madame Ballanger raconte :

« Le 1er janvier dernier, j’ai remarqué que ma voisine, la femme Plaire était dérangée. Depuis ce temps-là, son état mental s’est aggravé et, aujourd’hui, elle est complètement folle. Elle n’est pas méchante mais par moment, elle cherche à s’en aller de chez elle. Vendredi soir, je suis allée la voir, elle voulait se déshabiller pour aller se promener sur la grande route. Je lui ai empêché de partir. Il est impossible de la laisser seule et je crois qu’il serait utile de l’interner. »

Une autre voisine, Madame Thoumanceau raconte :

« Il y a environ deux mois que ma voisine manifeste de signes de folie ; mais depuis trois semaines, sa maladie a fait beaucoup de progrès. Il est impossible de la laisser seule, car elle m’a dit qu’elle voulait se jeter dans un puits. Je crois qu’il y aurait lieu de l’interner dans une maison de santé. »

Le garde champêtre du Sableau, Monsieur Marteau raconte :

« Mercredi dernier, vers cinq heures du soir, en faisant ma tournée, j’ai passé devant l’habitation des époux Plaire. J’ai entendu du bruit. Plaire m’a aperçu et m’a appelé. Je suis rentré et j’ai constaté que sa femme était presque déshabillée. Son mari avait grand’peine à la tenir car elle voulait se dévêtir complètement pour sortir toute nue dans la rue. Plaire m’a dit qu’il était obligé de la surveiller continuellement. A mon avis, il y aurait lieu de l’interner. »

Les gendarmes de la brigade de Chaillé les Marais constatent qu’Adèle a l’air fatiguée, les yeux hagards et tient des propos incohérents « dénotant la démence ».

Docteur Fleury, le médecin de Chaillé les Marais, constate également l’état d’Adèle :

« Madame Plaire Augustin, née Adèle Phelippon […] est une femme de 56 ans dont la vie […] sans incidents saillants, sauf la mort de son premier mari qui l'a mise dans une situation précaire. […] Bien portante et ne présentant aucune tare héréditaire, […] elle arrive à une période assez avancée pour nécessiter son internement […] parce que, par ses actes, elle peut un jour être un danger pour son entourage et parce qu'avec ses idées de suicide, elle nécessite une surveillance qui ne peut être donnée dans son foyer. »

Ainsi, le placement d’office à l’asile des aliénés de la Roche sur Yon est prononcé le 14 mars 1910.

Adèle arrive à l’asile le 17 mars 1910.

A.D. 85 - Extrait du dossier individuel d'Adèle auprès de l'Asile de la Roche Sur Yon

Mais qui va prendre en charge les soins ?

Le 19 mars 1910, le conseil municipal de Chaillé les Marais se réunit exceptionnellement pour trouver une solution.

A.D. 85 en ligne - AC 42 12 : Extrait des délibérations du Conseil Municipal de Chaillé-les-Marais (1893 - 1914)

Tout le monde se met d’accord : Les soins seront pris en charge par la commune et le département.

Le temps passe à l’asile : Adèle gémit de plus en plus.

D’une voix monotone et larmoyante, elle parle lentement :

On va me tuer tout à l’heure

Lorsqu’on lui évoque sa famille, elle pleure sans cesse :

 « Voulez-vous revenir chez vous ? »

Jamais… Tous mes enfants sont morts

C’est moi qui ai fait leur malheur à tous

On veut me tuer

« Qui ? » 

La femme de l’autre côté

Ses illusions sont nombreuses.

Au cours de l’automne, elle se lève la nuit, se met toute nue et va au lit des autres pour leur demander de la tuer.

Adèle ne reviendra jamais chez elle et restera à l’asile pendant 18 mois, jusqu’à sa mort. Elle décède d’une tumeur de l’abdomen, le 17 octobre 1911, à l’âge de 56 ans.

Coralie Verdier

Coralie Verdier

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