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L'enfance d'Auguste Jourdain

Elisa JOURDAIN, une domestique de Taillebourg (17), âgée de 18 ans, accouche d’un petit garçon à la maternité de La Rochelle (17), le 15 janvier 1880. Il s’appelle Auguste Eugène et est né de père inconnu.

Acte de naissance d'Auguste Eugène JOURDAIN
Acte de naissance d'Auguste Eugène JOURDAIN
Peinture d'un enfant remis à l'assisance publique

En 1883, Elisa JOURDAIN part pour Annepont (17). Elle travaille comme domestique chez de nouveaux maîtres. Elle ne possède aucune ressource, à part ses 50 centimes par jour de travail. Il lui est de plus en plus difficile d’élever son petit garçon, Auguste, âgé de 2 ans. Elle ne dispose pas des moyens nécessaires pour le nourrir et le vêtir. Ainsi, elle entame des démarches auprès de l’assistance publique pour demander la prise en charge de son enfant, au titre d’enfant abandonné.

Ainsi, Auguste est confié par la suite à un certain Monsieur MANGOU, au village de la Favolière, à Genouillé, près de Rochefort (17). La famille MANGOU l’accueille et l’élève comme leur propre enfant. Dans la soirée du 26 juin 1884, Monsieur MANGOU part avec son fils de 6 ans et Auguste, âgé de 4 ans, faucher dans un pré à l’aide d’une faucheuse mécanique. Les deux enfants s’amusent et courent dans le foin aussi haut qu’eux.

Peinture de parents et d'un enfant

Le drame

Ils se retrouvent devant les bœufs. Assis sur son siège, MANGOU ne voit que ses animaux. BOUVIER, l’autre homme qui les accompagne, crie aux enfants de se garer. Les enfants obéissent. Malheureusement, ils se mettent du côté de la lame de la faucheuse. MANGOU les aperçoit à cet instant. Il crie pour faire arrêter son attelage. Mais il est trop tard !

La lame de la faucheuse a déjà scié presque complètement la jambe du petit Auguste JOURDAIN. MANGOU prend aussitôt l’enfant dans ses bras et l’emporte chez lui. En chemin, il rencontre sa femme qui devait les rejoindre. Ils reviennent ensemble chez eux. Un voisin prend sa charrette et emmène au plus vite Auguste et le couple MANGOU chez le médecin le plus près de Genouillé, soit à 10 kilomètres, à Tonnay Boutonne, chez le Docteur SCHMITZ. Le médecin n’est pas suffisamment équipé pour procéder à cette amputation. Ainsi, il leur ordonne de partir de suite pour l’hôpital de Rochefort. Les MANGOU s’empressent et partent immédiatement. Ils ont encore 25 kilomètres à parcourir.

Arrivé à l’hôpital, Auguste est blotti dans les bras de MANGOU. Les médecins amputent la jambe du petit Auguste. Les MANGOU sont anéantis. Ils s’en veulent profondément. Ils l’ont toujours bien soigné. Ils aiment Auguste, comme leur propre enfant. L’assistance publique ne leur en tiennent pas rigueur. Après plus de deux mois d’hospitalisation, le petit retrouve sa famille d’accueil, à l’aide de béquilles et d’une petite jambe de bois.

Une vie bien remplie

Les années passent, Auguste grandit et apprend le métier de sabotier. En 1901, à l’âge de 21 ans, il épouse Emma Rachel MARTINEAU, à Lozay (17), à côté de Saint-Jean d’Angely.

De leur union, naissent 9 enfants :

– Augusta, en 1902 ;
– Moïse, en 1904 ;
– Robert, en 1907 ;
– Maxime, en 1909 ;
– Gustave, en 1912 ;
– Emma, en 1914 ;
– Guy, en 1916 ;
– André, en 1919 ;
– Ginette, en 1925.

Extrait de L'écho saintongeais du 17 décembre 1922
Extrait de L'écho saintongeais du 17 décembre 1922

Afin de rendre hommage à son mérite et pour lui témoigner sa reconnaissance, la nation attribue la médaille d’argent de la Famille Française à Rachel, l’épouse d’Auguste, en 1922.

Sabotier de métier, au cours de sa vie, Auguste est obligé d’exercer d’autres métiers pour subvenir à ses besoins et ceux de sa famille : poissonnier, employé à la laiterie de Landes (17), journalier pour la ville de Saint-Jean d’Angely (17)… Pourtant, en 1932, à l’âge de 52 ans, il décide de mettre fin à ses jours. Il est retrouvé pendu dans son écurie, rue Comporté, à Saint-Jean d’Angely (17). D’après l’enquête de police, son moignon le faisait de plus en plus souffrir. Le travail devenait de plus en plus pénible pour lui. Ainsi, « il craignait d’avoir un jour des ressources insuffisantes pour élever sa famille ». En effet, il ne disposait d’aucun bien immobilier, d’aucune ressource à part le revenu de son travail quotidien.

Extrait de L'Echo saintongeais du 29/05/1932
Extrait de L'Echo saintongeais du 29/05/1932
Signature d'Auguste JOURDAIN, en 1902
Signature d'Auguste JOURDAIN, en 1902

Sources :

– Acte de naissance de Auguste Eugène JOURDAIN : AD 17 en ligne – La Rochelle N 1880

– Tableau d’Edouard Gelhay, Aux enfants assistés, l’abandon, 1886, huile sur toile, musée d’Art et d’Archéologie de Senlis :

http://musees.ville-senlis.fr/Collections/Explorer-les-collections/Rechercher-une-oeuvre/Musee-d-Art-et-d-Archeologie/Aux-Enfants-Assistes-L-abandon

– Tableau de Jean-François Millet, Les premiers pas, 1858 : https://www.le-flamant-rose.org/milletmusee/goghmillet.htm

– Carte postale de l’hôpital de Rochefort (17) : AD 17 en ligne – 24 Fi Rochefort 50 – Collas :

http://www.archinoe.net/v2/ad17/visualiseur/carte_postale.html?id=170045070

– Extrait de presse : L’Echo saintongeais du 17 décembre 1922

– Extrait de presse : L’Echo saintongeais du 29 mai 1932 (sur l’article, il est indiqué le prénom d’Anatole. Après vérification de la date et du lieu, il s’agit bien d’Auguste.)

– Signature d’Auguste JOURDAIN : AD 17 en ligne : Acte de naissance d’Augusta JOURDAIN, le 16 février 1902 à Lozay (17)

Coralie Verdier

Coralie Verdier

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